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Éditorial

Prélèvement à la source : le sort en est jeté

 

Ainsi donc le prélèvement à la source se fera. Après un semblant d'hésitation pendant quelques semaines, le président de la République a tranché. On nous dit qu'il était au milieu du gué et ne pouvait plus reculer sans perdre la face. En ce qui me concerne, comme beaucoup d’autres patrons de PME, j’aurais au contraire apprécié qu’il revînt sur sa décision. Quelle honte y aurait-il eu à abandonner ce projet ou à le reporter aux calendes grecques ? Les médias audiovisuels avancent les chiffres d'un sondage qui démontrerait que 60 % de nos concitoyens seraient désormais favorables à ce dispositif. Ils oublient de nous rappeler à ce moment-là que 50 % des foyers ne paient pas l'impôt sur le revenu. Je fais une soustraction facile, comme les bonimenteurs qui nous abreuvent de commentaires orientés, et j’en déduis que 20 % des Français concernés seulement approuvent le prélèvement à la source, donc que 80 % y sont défavorables.
En tout cas, moi j’y suis défavorable, à l’instar de la majorité des patrons de TPE-PME.
D’une part, nous ne sommes pas des percepteurs, et n’en avons pas les compétences. Cette nouvelle tâche va nous coûter financièrement, en raison du temps passé en interne ou en externe pour gérer ces opérations. De plus, même si les poursuites pénales sont écartées en cas de divulgation involontaire de données confidentielles des salariés, le patron de PME risque tout de même des ennuis. De plus, il affrontera la grogne de salariés qui verront leur net diminuer parfois sensiblement. On sait bien qu’en France les employés raisonnent toujours en net. Quant aux salariés concernés, ou aux anciens affiliés au RSI, quels avantages en tirent-il ?

Des avantages imperceptibles sauf pour l'Etat

Ils paieront leur impôt d’avance, cela est plutôt un avantage pour l’Etat. Un Etat qui s’arrangera pour rembourser un trop-perçu après, plutôt qu’à recevoir un complément à la suite après la déclaration annuelle. Car déclaration il y aura toujours. Où est donc la simplification ? Les salariés ne pourront pas se soustraire au prélèvement sur leur fiche de paye, puisque leur entreprise n’a pas de pouvoir à cet égard. Auparavant, ils pouvaient négocier avec le fisc en cas de difficultés.L'Etat y gagne sans doute en revanche : règlements sécurisés, perçus d'avance, réductions de personnel. La complexité de notre système fiscal, souvent utile du reste, car elle permet de favoriser par exemple la natalité, les dons aux associations, l'emploi déclaré de salariés à domicile… fait craindre cependant des couacs au détriment des contribuables.

Un commerce extérieur toujours plombé

D’autres grandes réformes arrivent bientôt sur le tapis : assurance chômage, retraite avec la fusion des régimes Agirrc-Arco…
C’est sûr qu’on ne reste pas immobile en ce moment. Ce que tout cela donnera, on en jugera par la suite.Pendant ce temps-là, notre commerce extérieur continue de s’enfoncer dans le rouge, avec une tendance à un déficit annuel de 70 milliards d’euros, et pas seulement à cause de la hausse du coût du pétrole. L'économiste Pascal Salin relativisait ce problème (Le Monde du 07/09), y voyant même un avantage pour la France. J'avoue que je n'ai pas tout compris, mais comme il est plus savant que moi en la matière, j’ai terminé cette lecture rassuré… jusqu’à la prochaine alerte.Malgré tout, je sens encore en cette rentrée beaucoup de projets et d’envie de la part des patrons de TPE-PME. Voilà au moins une bonne nouvelle.Vous noterez enfin que nous avons remanié la maquette et la typologie pour une lecture encore plus agréable de notre magazine.

 Alain Gazo

directeur de la rédaction