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Ça ne va pas dans votre entreprise ? Mieux vaut en rire !

Attirer, inspirer, donner envie

« La réussite de votre entreprise repose sur les hommes et les femmes qui la composent ». Qui n'a entendu ce genre de déclaration ? Que les résultats dépendent avant tout de la motivation des collaborateurs, de leur cœur à l'ouvrage est une vérité première. Le rappeler n’apprendra rien à nos lecteurs. Comment remotiver, remettre en route l’équipe quand ça ne va pas : moins évident. Il ne manque pas de consultants pour se pencher sur les entreprises en souffrance, en agitant les derniers « musts », de préférence made in USA : benchmarking, coaching, relationship management, enpowerment, censés remettre d'aplomb structures et méthodes. Certains vont chercher dans d'autres univers les secrets du team building : sports d’équipe, entraînement commando. Vont-ils à l’essentiel ?
Les gens graves ne sont pas des gens sérieux (1)
« J’ai été consultant en stratégie dans de prestigieux cabinets, confie Serge Rudzenski, un bon consultant, doué pour le Monopoly en chambre. Mais à l’intérieur, je bouillais, je bouillonnais. Je me sentais dévier inexorablement d’un rêve enfoui : faire rire ». Distraire les gens de leurs soucis quotidiens, en les plongeant le temps d’une convention dans une ambiance Club Med ? Vous n’y êtes pas. Mais les mettre en face d’un miroir déformant (et comique), d’une caricature d’eux-mêmes qui leur fasse dire : « C’est pas possible ! C’est nous, ça ! On ne peut pas continuer comme ça ! » en les faisant rire aux larmes.
Le message que n’ont pas pu faire passer les camemberts statistiques, les argumentaires les mieux construits une explosion de rire, le « Grand rire unanime » l’impose comme une évidence. Expliquer ? Non, mais « faire ressentir ». Et « une émotion forte, une purge psychologique instantanée » peut débloquer une situation. Serge ne serait sans doute pas arrivé à ce résultat si le rire n’avait tenu une si grande place dans sa vie : étudiant farceur adorant faire rire ses copains, il s’est risqué sur scène, le soir – tout en restant dans la journée un digne consultant. Des cafés-théâtre à Bobino, sous l’égide de Philippe Bouvard, il a fait se tordre des salles entières. Jusqu’à ce que s’impose une évidence aux yeux de Victoire, son épouse « Communication par l’humour : tu feras l’audit des entreprises et tu le restitueras de manière drôle ». Il ne s’agit donc pas de promener d’entreprise en entreprise un one-man-show.

E-cou-ter

Pendant des semaines, les gilets jaunes ont occupé les carrefours et arpenté les rues en scandant des slogans souvent violents et en répétant à qui voulait leur tendre un micro des revendications plus ou moins claires. La plupart des observateurs s’accordent à déceler derrière ces manifestations un besoin très fort d’être entendus, la conviction que nombre de décisions seraient prises en haut lieu en toute ignorance des réalités du terrain (ou en toute indifférence, ce qui serait pire).
Rien de tel à l’échelon d’une entreprise ? Pas sûr, surtout dans les groupes où une politique définie – sans doute avec les meilleures raisons du monde – par un état-major, doit s’appliquer vaille que vaille dans le moindre établissement. Et même dans les entreprises moyennes… Qui n’a été témoin de décisions suscitant inquiétudes, tensions, démotivation, voire opposition déclarée ! Le premier travail du consultant, affirme Serge Rudzenski, est de rencontrer les gens – tout le monde – et de les écouter décrire la situation avec leurs mots, leur ressenti, leurs émotions. On ne peut espérer améliorer la situation qu’en partant de « leur vérité ».
Et vous trouvez ça drôle ?
Au gré de ces entretiens, apparaissent bien des sources de blocage et de tension, souvent mises sous le tapis.Les réorganisations : incompréhension
« Une grande société se bat avec les grands groupes à grands coups sur la figure. Il n’y a plus d’humanité. » « Qu’allons-nous devenir, on ne nous dit rien ».
La pression du malaise à la souffrance (2)
« Avant, c’était plus cool ». « On nous dit : regarde, ça marche, on ne peut même pas se plaindre ». « On finit trop tard, on passe à côté de notre vie ».
Le management : surdité
« On a juste à fermer sa g… ». « On a un boulot, on devrait être content ». « On nous mène en bateau »…Pas de quoi rire, en effet. Sauf si l’expérience et le talent permettent de le présenter en mettant en scène des personnages caricaturaux : « Madame Tapefort, Monsieur Complexe » qui font rire puis réfléchir, accepter la réalité et enfin agir ou réagir. Une application, un prolongement possible dans un séminaire : inviter des participants à rejouer dans un sketch des scènes de conflit : commercial–technicien, production–logistique, service client–finances où chacun joue le rôle de l’autre.
Un chef d’entreprise me confiait récemment « Face à des difficultés, on peut avoir à recourir à des experts. Mais, le plus souvent, les problèmes sont connus et parfois les solutions. Encore faut-il aller les chercher. » Ou les faire émerger par le Grand rire unanime de Serge Rudzenski. Laissons-lui la conclusion, plutôt rassurante (3). « Les sujets qui motivent ou démotivent vos collaborateurs, les résistances aux changements sont des phénomènes accessibles par une écoute attentive. »

Jean-Louis Wilmes

1) Alphonse Allais.
2) Voir Mireille Vie « Stress, burn out, le mal du siècle », Conquérir n° 160.
3) Dans son livre « Laugh to Lead – Quand le rire rassemble et motive », éd. HEG 2019.