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Chine : une relative mobilité dans un monde vacillant

Le grand malheur planétaire de 2020 est venu de Chine. C’est un fait. Et pourtant, c’est là que l’économie s’est rétablie le plus vite puisque son PIB aurait crû de 2,4 % l’an dernier. Le poids relatif de l’Empire du Milieu dans le PIB mondial a donc augmenté. En ces temps encore difficiles, il faut cependant préparer l’avenir et songer aux opportunités qu’il peut présenter. D’autant que l’accord récemment conclu avec l’Union européenne semble en mesure d’ouvrir quelques portes supplémentaires.

Nous ne disposons pas encore de données consolidées définitives sur 2020, et au demeurant, elles ne seraient pas représentatives des tendances de fond. Notre analyse sera donc principalement fondée sur les chiffres 2019, à la fois en termes d’investissements entrants et sortants en Chine, du commerce extérieur de ce pays et de la présence française dans ces deux aspects.

Il convient cependant de dire que la différence entre les chiffres chinois et non-chinois recèle des différences considérables, en grande partie liées aux plateformes de réexportation comme, par exemple, Hong Kong. Les marchandises qui y transitent et qui sont destinées à la France, sont identifiées la plupart du temps par les autorités de Pékin comme exportées à Hong Kong.

Nous nous servirons donc dans la plupart des cas des données fournies par nos services (Douanes, Trésor…).  Pour ce qui est donc des échanges de biens entre la France et la Chine entre 2010 et 2019, ils ont notablement crû, dans les deux sens, proportionnellement davantage en notre faveur. Mais pas en valeur absolue (environ 53 milliards d’euros d’achats pour nous en 2019 contre 36 en 2010), alors que nous vendions pour respectivement 21 et 12 milliards d’euros ces mêmes années. D’où un déficit qui a grimpé en neuf ans de 26,5 à 31,6 milliards d’euros. Selon les calculs du SER de Pékin, notre part de marché globale est relativement faible – mais sur de gros volumes il est vrai, à 1,5 %, alors que l’Allemagne par exemple, se situe autour de 5 %.

Cependant, nous sommes beaucoup plus forts dans certains domaines. Il en est ainsi de l’aérospatial (32,7%), mais aussi dans une moindre mesure, de la pharmacie et de la chimie (3,8 %). L’automobile se situe à 1,1 % (30 % pour l’Allemagne, ce qui explique nos divergences d’opinion sur certains sujets !).

Voyons maintenant les chiffres des échanges franco-chinois en valeurs absolues, et par grands secteurs. Cela en 2019. Numéro 1 des ventes, l’aéronautique et le spatial (7,4 milliards d’euros), numéro 2 l’agroalimentaire (2,7 milliards) tout juste devant les produits chimiques, les parfums et les cosmétiques (2,6 milliards). Les produits pharmaceutiques représentent 1,4 milliard d’euros en valeur, loin devant l’automobile (0,3 milliard).

A l’importation, sans surprise, les produits informatiques, électroniques et optiques font un carton (14,7 milliards d’euros et 28 % du total). Le textile, l’habillement, le cuir et les chaussures (9,9 milliards d’euros), constituent également une grosse part de nos achats  (18,7 %). Les équipements électriques et ménagers (6,4 milliards) ou encore les machines industrielles et agricoles (4,3 milliards d’euros) représentent aussi des sommes significatives. On peut du reste relever qu’on pourrait faire mieux en matière de machines industrielles et agricoles si l’on fabriquait davantage en Europe, et particulièrement en France.

Examinons maintenant le commerce extérieur chinois dans son universalité. Notons d’abord qu’en 2019, il avait réussi à progresser encore d’un petit 0,3 % certes, mais dans un contexte de recul de 3 % en volumes des échanges mondiaux. Du coup, à la faveur également d’une diminution de ses achats à l’extérieur, l’Empire du Milieu avait dégagé un excédent en hausse sensible, à 429 milliards d’USD au lieu de 382 en 2018. Son excédent avec l’UE avait ainsi grimpé de 137 à 151 milliards d’USD, et celui avec l’Asean de 56 à 73. En revanche, la guerre commerciale avec les Etats-Unis avait pesé sur son surplus vis-à-vis de ce dernier pays, quoique de manière modérée finalement (295 milliards d’USD en 2019 au lieu de 324 en 2018). L’arrivée d’un nouveau président aux USA ne devrait pas fondamentalement changer la donne des droits de douane durablement plus élevés. D’autant que le déficit commercial vis-à-vis de la Chine s’est aggravé en 2020.

Nos vins à la peine

Des exportations chinoises donc en légère hausse en 2019, mais que vendent donc les héritiers de la Cité interdite ? D’abord des biens d’équipement. C’est à rappeler et à souligner. Malgré un léger recul en 2019, ils atteignent toujours près de la moitié du total avec 176,9 milliards d’USD. Notons que les exportations de téléphone ont cependant baissé assez notablement de 6,8 % à 224,1 milliards d’USD.

L’augmentation de l’excédent commercial de l’Empire du Milieu a eu pour principale cause la baisse de 1,9 % de ses importations. C’est le cas de celles des semi-conducteurs
(-3,1 %) ou encore des produits pharmaceutiques, chimiques, des parfums et des cosmétiques (-3,2 %).

En revanche, les achats de produits agroalimentaires ont été dynamiques (+7,9 % à 161 milliards d’USD) en provenance de l’Asean (23,5), de l’UE (18,1), ou encore de la Nouvelle-Zélande (+16 % à 10,9 milliards d’USD) et de l’Argentine (+200 % à 6,6 milliards). Bien entendu, les achats en provenance des USA – dans ce secteur aussi, ont notablement diminué de 14,7 % à 14,7 milliards d’USD.

Si les importations de viande ont été très toniques (+7 %), avec une belle progression de l’UE à 4,5 milliards d’USD – l’Espagne se taillant la part du lion – l’Argentine remonte très haut.

En revanche, les achats de vins ont diminué de 14,4 % à 2,4 milliards d’USD. Dans ce contexte, la France perd sa place de premier fournisseur au profit de l’Australie, qui bénéficie d’une taxation zéro à l’entrée de ses produits dans le cadre de l’accord de libre-échange signé avec le pays des kangourous.

Heureusement, les achats de spiritueux ont été plus dynamiques (+13,7 % à 1,6 milliard d’USD) et là nous demeurons n° 1 (1,1 milliard d’USD), nettement devant le Royaume-Uni. Quant aux importations chinoises d’automobiles, elles se sont nettement tassées
(-7,9 % à 78,9 milliards d’USD), principalement en raison d’une contraction de la demande intérieure, selon le service économique de Pékin de notre ambassade en Chine.

Pays par pays, les Etats-Unis sont les plus touchés (-16 %), alors que l’Allemagne (-3,7 % à 23,4 milliards d’USD) demeure largement en tête des importations, devant le Japon (19,8 milliards d’USD). La France, avec 6,4 % à 0,9 milliard d’USD, demeure un intervenant relativement marginal pays par pays. Ce qui n’est pas le cas de l’aéronautique (8,9 milliards d’USD de ventes sur 27,3 milliards d’USD d’achats chinois). Nous y avons même résisté (-13 %, alors que les achats chinois dans ce secteur reculaient de 27,3 %). Les Etats-Unis ont subi une baisse de 43 ,1 % à 11,4 milliards d’USD, demeurant toutefois au-dessus de notre part de marché.

Globalement, les importations chinoises en provenance des USA ont dégringolé de 20,4 % alors que leurs exportations vers le pays de l’oncle Sam baissaient « seulement » de 12,5 %.

Investissements chinois dans le monde : perte de vitesse

La Commission européenne s’est réjouie de ce qu’elle considère comme un excellent accord, celui conclu avec la Chine fin 2020, en particulier en matière d’investissements de part et d’autre. Les commentateurs vantent les mérites de cette signature, survenue juste au moment du Brexit final. Du côté qui nous intéresse le plus, à savoir les possibilités d’investir pour nous dans l’Empire du Milieu, en gardant la maîtrise des opérations, sans avoir un mentor chinois, et sans risquer de « perdre » son savoir-faire, nous nous sommes entretenus avec des personnes qualifiées, connaissant bien la Chine. L’idée est de savoir ce qui va changer, officiellement et dans les faits.

Il est évident que nos « partenaires » vont aussi obtenir des améliorations de leur situation pour de futurs investissements en France et dans le reste de l’UE. Les négociateurs de l’UE ont donc mis en exergue un supposé succès. C’est à voir car leurs homologues chinois avaient certainement en ligne de mire la nécessité d’avoir la possibilité d’investir davantage sur notre continent. C’est que les investissements chinois dans le monde « sont en perte de vitesse depuis deux ans », souligne le service économique de notre ambassade de Pékin.

Après l’extraordinaire percée survenue dès le début des années 2000, on a constaté effectivement un recul – très marqué – des IDE de 60 milliards d’USD, entre 2016 et 2019. Le flux annuel est donc passé de 196 milliards d’USD à 136 ! En parallèle, ces IDE se sont recentrées vers l’Asean, et ce qu’il est convenu de nommer « les pays de la Route de la soie ». Les experts de notre ambassade estiment que cette tendance de fond devrait se poursuivre à l’avenir, au-delà de 2020, année très particulière, qui devrait avoir été marquée par une baisse de 40 % des flux globaux par rapport à 2019, tandis que ceux de la Chine demeuraient au contraire assez stables. Si l’on établit le palmarès des récipiendaires d’IDE chinois, les flux cumulés de 2005 à 2019 mettaient en tête l’UE à 28 avec 14,4 %, dont 4,2 % pour le Royaume-Uni et 1,4 % pour la France. L’Asean se trouve à 12 % et les USA à 8,7 %. Notons aussi la bonne position de l’Australie (5,7 %), ou encore du Brésil (3,4 %).

Ces investissements dans l’UE constituent essentiellement des acquisitions. La part provenant d’entreprises contrôlées par l’Etat est en nette baisse, pour trois raisons, selon notre ambassade : « des législations plus défensives en Europe, un contrôle renforcé des capitaux sortants, enfin une plus grande capacité des entreprises privées à investir à l’étranger ». Alors, sectoriellement, où l’appétence des Chinois se manifeste-t-elle le plus ? C’est assez varié: TIC, transports et infrastructures, énergie…

La France figure au 4e rang des destinataires d’IDE du pays de la Grande muraille dans « l’UE à 28 » (8,1 %), derrière le Royaume-Uni (28,3 %), l’Allemagne (12,7 %) et l’Italie (8,9 %). La Commission avait adopté en 2019 un Règlement permettant d’émettre des avis contraignants en cas d’IDE susceptibles de menacer la sécurité ou d’ordre public d’un Etat membre. Selon la Direction générale du Trésor, les contrôles de la France figurent parmi les plus stricts de l’UE.

Parmi les investissements remarquables effectués en France depuis 2010, signalons le rachat du producteur de cartes à puce Liuxens, la prise de participation majoritaire d’une société chinoise dans la marque de vêtements de luxe SMCP (Sandro, De Fursac…), ou encore le groupe Louvre Hôtels, dans un tout autre domaine.

Notons la chute nette – par ailleurs – des IDE de l’Empire du Milieu en Afrique, où les interventions chinoises sont diversement perçues, dirait-on en termes diplomatiques.


UE-Chine : un accord salué par la Commission

La Commission européenne annonçait fin décembre – au moment du Brexit définitif, un accord de principe sur les investissements entre l’Union européenne à 27 et la Chine. Un accord définitif devrait survenir dans un délai de deux ans.

L’idée de base du protocole convenu est de faciliter et de sécuriser les investissements des pays membres de l’UE dans le pays de la Grande muraille, sachant que les enjeux sont importants puisque les flux cumulés de l’ensemble de l’UE là-bas sont de 140 milliards d’euros (120 milliards d’euros dans l’autre sens). Si, de l’avis général, les contraintes pesant sur les investissements chinois en Europe sont limitées, ce n’est pas le cas de celles qui visent nos propres IDE : secteurs fermés, parfois ouverts mais avec obligation de transfert de technologie, de partenaires locaux majoritaires…  Les négociations UE-Chine duraient depuis huit ans. Notez cette longue période de discussions, alors qu’on nous a rebattu les oreilles sur le temps qu’il a fallu pour signer un accord de départ, puis un nouveau cadre commercial, avec le Royaume-Uni : trois ans « seulement » en fait.

La Commission européenne vante donc un excellent accord avec la Chine – qui pourrait être finalisé en 2022. Le cadre portera sur la protection des investissements et du règlement des différends qui pourraient survenir lors de son application. Selon l’UE, « la Chine a pris des engagements importants dans le secteur manufacturier », qui représente plus de 50 % des IDE de l’UE (dont 28 % pour le secteur automobile et 22 % pour les matériaux de base). On pense, en particulier, à la production de véhicules électriques, de produits chimiques, d’équipements de télécommunications et d’équipements médicaux.

Des engagements ont également été pris dans les services : cloud, finances, services de santé privés, environnement…  A ce propos, la Chine « a accepté […] de mettre en œuvre de manière effective l’Accord de Paris sur le changement climatique ainsi que les conventions de l’OIT qu’elle a ratifiées ». Merveilleux !

Le futur accord UE-Chine remplacera-t-il à terme tous les accords bilatéraux existants. De nombreux observateurs se montrent dubitatifs. Vu la taille du gâteau, les Etats européens se départiront-ils vraiment de leurs ambitions purement nationales ? L’Empire du Milieu jouera-t-il vraiment le jeu ? La commission d’arbitrage des conflits est-elle convenablement dimensionnée ? La concurrence sera-t-elle vraiment plus loyale ?

L’avenir nous le dira. On peut quand même sans trop de risques penser qu’une amélioration se profile pour nos investisseurs, mais il nous faudra certainement rester prudents.