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Véhicules de fonction : quelle approche en 2019 ?

TABLE RONDE

Participants

Cédric Danière, directeur France de Lexus, marque premium du groupe Toyota. Lexus poursuit sa forte progression, avec 6 200 véhicules immatriculés prévus à fin 2018, un objectif à 8 000 en 2019 et à 10 000 en 2020.
Gilles Langlois, directeur des cartes pétrolières Total GR. 2 millions de cartes Total GR sont actives aujourd’hui en France pour les véhicules légers et les poids lourds.
135 000 clients entreprises sont concernés. Total GR poursuit l’extension de son offre d’outils pour gérer ses flottes, ainsi que celle favorisant les solutions multi-énergies, avec des options de la carte Total GR permettant le règlement de recharges d’électricité, mais aussi de péages, parkings et lavages.
Patrick Martinoli, directeur délégué innovation projet et expertise de flottes Orange. 18 200 véhicules en parc, dont 3 900 en autopartage. 80% sont des véhicules société (2 places) ou des VU, et 1 300 des VP.
Guillaume Maureau, directeur général adjoint commerce de ALD Automotive. ALD Automotive, ce sont 1,6 million de véhicules en parc dans 42 pays, dont 520 000 en France. Parmi ces 520 000, 315 000 sont en LLD « complète », et 205 000 en fleet management ou en gestion pour compte de constructeurs (marques blanches). Le parc progresse de « 5 à 6% par an » chez ALD Automotive France.
Dominique Rolland, responsable du parc automobile de Nokia France. Le parc automobile total (Nokia et Alcatel Lucent) est de 400 véhicules, principalement VP, avec aussi des véhicules de service, et un parc en autopartage.
Aymeric Scheidecker, directeur des ventes entreprises BMW-Mini. Environ 20 000 BMW et 6 000 Mini sont immatriculées pour des entreprises, soit respectivement environ un tiers et 25% des ventes totales de chacune des deux marques.

Comme chaque année depuis 2001, nous organisions le 12 novembre dernier notre table ronde consacrée à la gestion de parcs automobiles, rassemblant constructeurs, prestataires, gestionnaires de parcs et notre partenaire de longue date, ALD Automotive. Le thème en était Véhicules de fonction : quelle approche pour 2019 ? L’actualité fiscale, réglementaire, environnementale, est très riche et donna lieu à des débats animés autour d’Alain Gazo, directeur de la rédaction.

Les véhicules de fonction ou de service représentent une part significative des flottes d’entreprises. Mais laquelle véritablement ?
« Cela varie beaucoup selon les entreprises, explique Guillaume Maureau, de 10 % à 100 % suivant leur activité ». Hors « marques blanches », la répartition dans le parc d’ALD Automotive est environ 50 % en véhicules de fonction, 25 % en véhicules société (défiscalisés, deux places) et 25 % de VU proprement dits.Ce constat effectué, quels sont les buts de l'attribution de véhicules de fonction ? Une réelle utilité professionnelle ou une marque de reconnaissance ?
Dominique Rolland relève chez Nokia une population principalement composée de cadres commerciaux, avec un usage mixte travail-loisirs. Patrick Martinoli parle quant à lui chez Orange d’une politique de plus en plus drastique pour les cadres dirigeants.
Dans la flotte de Total, les véhicules destinés aux commerciaux dominent, ainsi qu'un nombre relativement réduit de véhicules statutaires, essentiellement aux cadres dirigeants.
Cela dit, dans un environnement plutôt restrictif sur le plan budgétaire, quelle place aujourd’hui pour l’attribution de véhicules de fonction ?
Guillaume Maureau estime qu’elle est toujours grande. « Le marché du recrutement est très internationalisé désormais pour certains postes, souligne-t-il, et nous sommes en compétition dans ce cas avec la Grande-Bretagne, l’Allemagne ou encore la Suisse. Dès lors, poursuit-il, l’insertion dans le package proposé d’un véhicule de fonction peut faire la différence, toutes choses égales par ailleurs ».
Dominique Rolland confirme l’importance de la motivation par le véhicule, « y compris chez les jeunes ».

Un budget appelé à grossir

« Néanmoins, prévient Guillaume Maureau, il va falloir prendre en considération le fait que les parcs autos vont coûter de plus en plus cher ». Carburants à la hausse, prix des véhicules en augmentation - avec eux les loyers, et bien sûr croissance forte des taxes de toutes sortes, en particulier sur le CO2, accentuées par l’effet WLTP. « Les loyers n’ont pas pour le moment augmenté tant que cela, surtout eu égard à la qualité des véhicules fournis », nuance Dominique Rolland, qui pointe davantage du doigt l’impact du prix du pétrole et la problématique du CO2. « L’abaissement progressif du seuil du bonus-malus, désormais à 117g de CO2, va nous amener à réviser notre catalogue », reconnaît quant à lui Patrick Martinoli. Au demeurant, chez Orange comme dans bien d’autres entreprises, le principe de l’utilisateur–payeur est très répandu. Autrement dit, le collaborateur peut opter, dans une certaine mesure, pour des options ou un véhicule non prévus dans la car policy, en payant un surcoût de loyer. De même, des attributaires de véhicules de service peuvent les utiliser le week-end moyennant une contribution financière.
« Les prix de revient des véhicules de fonction vont augmenter, rebondit Cédric Danière, l’impact grandissant des malus va certainement amener les entreprises à réviser leur car policy, car elles ne voudront pas payer de surcoût, ce qui pourrait impacter certains segments ». Aymeric Scheidecker confirme cette analyse, et y voit de bonnes perspectives pour les hybrides rechargeables (plug-in hybrides) pour autant que l'usage corresponde à la technologie. « Les hybrides rechargeables, c’est bien, intervient Patrick Martinoli, mais cela représente un coût supplémentaire pour payer ces technologies ». « Il convient de nuancer, précise à ce stade Cédric Danière, car les hybrides simples, que propose Lexus par exemple, ne sont pas plus onéreuses que leurs équivalents diesel. »
Tout cela demande des précisions ! « Les hybrides “ simples” permettent, explique Patrick Martinoli, d’éviter de solliciter le moteur thermique, lorsqu’il n’est pas efficient, particulièrement au démarrage, tandis que les hybrides rechargeables offrent la possibilité de rouler davantage en électrique, jusqu’à 50 km environ ». Quoi qu’il en soit, les hybrides ont le vent en poupe. « Leur valeur résiduelle augmente, constate Cédric Danière, et la marque Toyota en est actuellement à une moyenne de 75 % de véhicules vendus en hybride, au lieu de 25 % il y a deux-trois ans ».« La demande baisse sur le diesel, confirme Guillaume Maureau, actuellement 35 % des VP loués ne sont pas des diesels, contre 10 % il y a deux ans, et les petits rouleurs se rabattent volontiers sur l’essentiel hybride, voire l’électrique ».
Des infrastructures de recharge encore insuffisantes
« Cela étant, tempère Aymeric Scheidecker, la disponibilité des infrastructures de recharge est un enjeu majeur. »
Total participe à ce combat pour une augmentation du nombre de points de charge, privatifs ou collectifs, d'une part avec la possibilité offerte aux porteurs de cartes Total GR de régler ainsi leur consommation électrique à 12 000 des 26 000 bornes existantes en France à ce jour. Mais surtout peut-être grâce à l’acquisition de G2Mobility, qui installe et opère des bornes électriques. « C’est un véritable opérateur de la charge électrique, résume Gilles Langlois. Il y voit la possibilité d’augmenter substantiellement le nombre de points de charge en France, en particulier, zones privatives et/ou en entreprise.L’optimisme général sur l’électrique est cependant quelque peu tempéré par Patrick Martinoli, qui remarque que le potentiel de production nécessaire aux consommations d’un parc qui serait devenu tout électrique correspond « à deux centrales nucléaires ».
Plus que jamais, Orange table donc que sur le mix énergétique mis en place il y a trois ans. « Depuis dix ans déjà, précise Patrick Martinoli, nous relevons le nombre de kilomètres parcourus grâce à un boîtier ad hoc ».
La car policy d’Orange, bâtie à partir de ces observations, tend à orienter les constructeurs vers les motorisations les plus appropriées à leur usage prévisionnel :– jusqu’à 12 000 km par an, l’électrique de préférence.– De 12 000 à 22 000 km, l’essence ou l’hybride.– Au-delà de 22 000 km, le diesel.Tout cela est combiné à la limite actuelle de 120 g de CO2, « ce qui indéniablement défavorise l’essence, alors que l’on prétend vouloir frapper en premier lieu le diesel », note Patrick Martinoli. « Dans tous les cas, nous touchons à la fin du véhicule de fonction universel, fourni de manière indifférenciée aux collaborateurs selon leur position hiérarchique, au profit d’un véhicule adapté à l’usage », ponctue-t-il. « Toutes les grandes entreprises revoient ainsi leur car policy », confirme Guillaume Maureau.
Gilles Langlois approuve, en ajoutant que les outils de contrôle précis des budgets sont d’autant plus nécessaires, à l’image de GR Analytics de Total, « qui permet de choisir, en fonction de données rassemblées dans un seul cadre, le véhicule optimal pour chaque conducteur ».
Les données recueillies par WayKonect, autre outil proposé par Total, va favoriser également la prise en considération fine du comportement des collaborateurs au volant et de contribuer ainsi à réduire ainsi la sinistralité ou la consommation de carburant, en les incitant à une conduite plus écologique et prudente. Les PME ayant plus de 100 cartes Total GR sont d'autant plus sensibles à ces outils d'améliration de la conduite qu'elles peuvent récupérer des contributions financières via les CEE. D’autres outils existent évidemment sur le marché, mais Total s’adresse ainsi d’abord aux PME qui en sont dépourvues.

Véhicule de fonction : pérenne mais évolutif

En dépit des problématiques budgétaires, le véhicule de fonction « récompense » persistera à l’avenir, selon le consensus de nos intervenants. Dominique Rolland en veut pour preuve les collaborateurs qui changent presque d’entreprise pour se voir proposer un meilleur véhicule, alors qu’Aymeric Scheidecker évoque le statut social attaché à une voiture de fonction de bon standing, qui vient compléter utilement la rémunération pour séduire de nouveaux collaborateurs ou les fixer. « Sans faire trop riche pour autant !», avertit Patrick Martinoli.
Persistance du véhicule de fonction peut-être, mais de quel type ? Le SUV semble menacé à court ou moyen terme par la fiscalité écologique. « La fiscalité risque de pousser les clients vers un nouveau type de véhicules, intervient Aymeric Scheidecker en substance, c’est aussi une question de mode ». Et d’évoquer la vogue des berlines, puis celle des monospaces, et aujourd’hui des SUV. Et de faire remarquer que, avec la sortie de la nouvelle Serie 3 en 2019 – une berline donc – BMW est parée à toutes les demandes. Cédric Danière n’est pas inquiet non plus, mettant en avant l’ES en cours de lancement, berline alternative au RX le cas échéant.
Cela étant, le SUV demeure le chouchou des collaborateurs. « 70 à 80 % des décisions vont vers les SUV, constate ainsi Patrick Martinoli, quand Cédric Danière évoque 65 % de SUV dans les ventes de Lexus. L’avenir du SUV passe sans doute aussi par l’hybride ou l’électrique, rebondit Aymeric Scheidecker, évoquant l’arrivée d’un X3 électrique en 2020.

Un pack mobilité qui progresse

Cependant, l’avenir n'est-il pas à un pack mobilité, qui permet de cumuler l'avantage d'un véhicule plus petit – pourquoi pas électrique – pendant l'année, et d’un SUV pour les week-ends prolongés ou les vacances ? Guillaume Maureau évoque à cet égard le projet Switch, mis en œuvre chez Orange, en partenariat avec Total GR. L’idée est, selon lui, de pousser le véhicule électrique et de proposer une offre de services adaptée aux nouvelles générations, qui ont une vision différente.
ALD Automotive a testé le produit Switch auprès de ses propres collaborateurs, principalement franciliens, avant de le commercialiser. ALD Switch est un crédit mobilité intégrant éventuellement 60 jours en véhicule thermique, si le véhicule électrique fourni (BMW i3, Zoe…) ne suffit pas pour toute l’année aux collaborateurs concernés. Le parc d’ALD Rent (offre moyenne durée en multimarques) permet ce complément en thermique la plupart du temps. Quant à Total, elle propose la carte multi-énergie qui permet, avec une seule et même carte, de régler les dépenses de carburant et de faire des recharges électriques. Si ALD pousse le véhicule électrique, c'est non seulement par souci d’écologie, mais aussi de praticité, car il sera peut-être le seul à être admis dans les centres urbains.
Et de cela, tous les gestionnaires de parc devraient s'en préoccuper, car lorsqu'on prend un véhicule en location longue durée, « c'est en général pour quatre ans », souligne Patrick Martinoli. « Du reste, précise-t-il, deux de nos principaux dirigeants roulent en électrique aujourd’hui ». « Au demeurant, complète Aymeric Scheidecker, un véhicule électrique tel que l’i3 est profondément statutaire ».
Dominique Rolland, s’il adhère à ce principe, se montre plus dubitatif dans l’usage, craignant des problèmes de logistique au moment de l’échange, des problèmes, susceptibles d’agacer les collaborateurs concernés. « Encore une fois, la solution ne sera pas universelle, concilie Patrick Martinoli, le pack mobilité conviendra à certains, pas à d’autres et, en tout état de cause, sa mise en place à grande échelle prendra du temps ».« Nous nous définissons d’ores et déjà comme un fournisseur de mobilité premium », reprend Aymeric Scheidecker (en incluant les scooters de BMW) ce qui correspond dans les grandes lignes au slogan de Lexus. Le premium, ce sont les produits mais aussi le service, font observer dans le même temps les représentants des deux marques.
2019 : une année de transition

Les nouvelles normes WLTP seront mises en place au dernier trimestre 2019. Cela donne un peu de répit aux acteurs du marché automobile pour s'y préparer. Selon tous nos interlocuteurs, 2020 sera la véritable année de bascule. Cédric Danière affirme que Lexus est prêt pour cette échéance, avec de nouvelles berlines, et espère surfer encore sur l’attrait des SUV en 2019, avec un nouveau modèle arrivant l’an prochain. Gilles Langlois évoque pour 2019 « le millésime de l’essence» alors que les enlèvements de ce carburant auront progressé considérablement en 2018.
Aymeric Scheidecker et ses équipes mettront à profit les quelques mois qui nous séparent de l'entrée en vigueur des normes WLTP pour effectuer un travail de pédagogue vis-à-vis des TPE-PME.
Le challenge du gestionnaire de parc est plus que jamais de voir à long terme… et ne pas regarder le coût le plus bas à court terme !

La rédaction de Conquérir

*Les parcs de chacune des entités ne sont pas encore fusionnés à ce jour.